Ma structure organique contractile qui assure les mouvements, ne les assure plus. Elle s'est endormie. Mes globes oculaire et ses annexes - à savoir choroïde, ciliaire, cornée, iris, rétine, sclérotique et cristallin - ne sont plus, eux-non plus. Ma masse nerveuse contenue dans le cerveau, encéphale dit-on, ne fonctionne plus. Elle s'est évadée.. Ailleurs. Mes constituants auditifs s'imprègnent encore de quelque plaisir créé par cet art de combiner les sons d'après des règles, d'organiser une durée avec des éléments sonores, mais plus pour longtemps.. Ils s'éloignent, eux-aussi. Loin en moi. Je m'engage dans cette suite de phénomènes psychiques qui se produisent pendant le sommeil, cette activité automatique exluant la volonté.. Je suis loin. Soudain mon être est agité par une suite de petites contractions involotaires des muscles, pour une cause physique ou psychique.. C'est dehors.. Les déplacements naturels de l'atmosphère sont forts.. Alizé, aquilon, khamsin, mistral, noroît, simoun, sirocco, suroît, tramontane, zéphir, appelez-ça comme vous voulez. Tout se réveille. Mes membres inférieurs qui s'étendent de l'articulation du fémur et du tibia à la partie articulée pouvant reposer à plat sur le sol et permettant la station verticale et la marche se contractent. Mes métacarpes aggripent la poignée. Dehors, les grands végétaux ligneux dont les tiges ne portent de branches qu'à partir d'une certaine hauteur au-dessus du sol sont fous, ils tournent, valsent, vont et viennent, certains ne reviennent pas.. Les poils qui recouvrent mon crâne vont et viennent. Certains sont déja si loin.. Les fluides gazeux constituant l'athmosphère que respirent les êtres vivants s'engouffrent dans la pièce.. A dix-sept an neuf mois et six jours, j'achetai ma première paire de bottes, mais ça, c'est une autre histoire..